L'EURO-L'EUROPE-LA GRECE.

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« Aux environs du 5 mai, la rumeur a couru que la Grèce allait abandonner l’Euro. Ayant fait ses calculs, murmurait-on, le gouvernement d’Athènes aurait conclu qu’au point où il en était, il serait moins onéreux, à terme, d’abandonner la monnaie unique que de la conserver. Aussitôt, l’Euro baissait sur les places financières. Ce qui signifie que cette possibilité, jugée invraisemblable il y a encore un an, est désormais crédible aux yeux des investisseurs. Peu après, le Premier Ministre grec publiait un démenti. Entre temps, il est vrai, il avait appris que les argentiers de l’Union allaient se réunir le 6 mai à Bruxelles pour se pencher une nouvelle fois sur sa situation et signer un nouveau chèque pour la Grèce. Ce qui fut fait : aux 110 milliards Euro qui lui ont déjà été octroyés, ils ajouteront 25 nouveaux milliards Euro. Toutefois cette somme ne permettra que d’honorer les échéances de 2012. Après, en 2013 ? Sarkozy ne sera sans doute plus aux affaires, et peut-être qu’Angela Merkel n’y sera plus non plus…

 

De fait, la situation ne cesse de se dégrader chez les Hellènes et les remèdes, en l’occurrence les crédits du FMI et de l’U.E., sont impuissants à enrayer la faillite qui s’annonce et même s’accélère. Malgré les 110 milliards Euro injectés, le pays ne parvient pas à tenir les objectifs fixés il y a un an. Les Grecs subissent un plan d’austérité sans précédent : baisse des salaires, des retraites, hausse des impôts et des taxes, privatisations à la chaîne. Non seulement, cela ne suffit pas, mais la récession aggrave la situation. La productivité est en chute libre, la consommation aussi ; des jeunes s’expatrient, les autres essaient de travailler ‘au noir’, ce qui tarit d’autant les ressources fiscales. Tous ces efforts suffisent à peine pour payer les simples intérêts de la dette grecque, laquelle représente 150% du PIB ! Après avoir accordé cette rallonge de 25 milliards Euro, les dirigeants européens ont exigé encore plus de privatisations, d’économies, de rigueur. On continue à demander toujours plus à la Grèce. Les mesures d’austérité sont à Bruxelles et au FMI ce qu’étaient les saignées aux médecins de Molière : toujours plus, après quoi le malade mourra… guéri.

 

A l’évidence, la Grèce ne pourra jamais rembourser. Plus elle s’enfonce, plus les taux auxquels elle doit emprunter sont élevés. Les taux grecs à 10 ans ont dépassé, le 28 avril, le seuil de 11%, une première pour un pays de la zone Euro. Une explosion qui s’explique par le nouveau classement de la Grèce, désormais rangée dans la catégorie spéculative (susceptible de défaillance) par STANDARD ET POOR’S. Les taux à deux ans ont franchi les 18% contre 15% la veille au soir, ce qui traduit la crainte des investisseurs d’un défaut de paiement à court terme. La note de la dette à long terme de la Grèce a été dégradée de trois crans, de ‘BBB+’ à ‘BB+’. Mais, même avec ces taux prohibitifs, la patrie d’Ulysse peine à trouver des prêteurs !

 

La seule solution pour les pays se trouvant dans ce cas, ce fut toujours le ‘rééchelonnement de la dette’ qui se traduit par un abandon de créances ou le remboursement à la saint glin-glin. Mais la Grèce fait partie de la zone Euro et la défaillance d’un des pays membres entraîne d’abord celle des plus faibles (l’Irlande, le Portugal, l’Espagne…), puis celle des autres, car les investisseurs se disent que si un Etat est devenu insolvable, les autres peuvent l’être aussi. Mais, en plus, une telle défaillance frappera durement les banques européennes (les françaises sont en première ligne), car, dans leur portefeuille, elles détiennent de la dette souveraine de la Grèce dont les titres ne seront plus que des chiffons de papier.

 

La sortie de l’Euro serait la moins mauvaise solution. Retrouver la drachme permettrait à la Grèce de financer son budget tout en jouant sur les marchés des changes et en dévaluant sa monnaie. Cette dévaluation permettrait de rétablir la compétitivité de la Grèce. Cela doperait la croissance grecque et provoquerait de l’inflation ; or l’inflation est certainement le meilleur moyen pour réduire l’endettement. Le retour à la drachme aurait aussi l’avantage d’apparaître aux yeux des Grecs comme un retour à leur souveraineté nationale. On comprend que le gouvernement d’Athènes étudie sérieusement cette possibilité. D’où la ‘rumeur’ que nous évoquions au début. Mais c’est là la plus mauvaise solution pour les thuriféraires de l’Union et les jusqu’au-boutistes de l’Euro. Pour sauver l’une et l’autre, il faut sauver la Grèce, disent-ils.

 

D’où le carnet de chèques qu’ils ont sorti pour permettre aux Grecs de tenir momentanément la tête hors de l’eau. Mais cet argent prêté à la Grèce, essentiellement par l’Allemagne et la France, provient lui-même d’emprunts ; on s’endette pour payer les dettes des autres. Car, redisons-le, ce que l’on fait pour les Grecs, on ne pourra décemment pas le refuser aux Irlandais, aux Portugais, aux Espagnols, quand ils tendront la sébile. Arrivera pourtant un moment où l’Union elle-même ne sera plus crédible financièrement, ayant épuisé, elle aussi, ses capacités d’emprunt. Ce sera alors la fin inéluctable de l’Euro… » Fin de citation du Bulletin.André.Noël.

 

 

 

 

 Lettre d’information politique hebdomadaire BAN , 23 rue Paul Vaillant-Couturier, 94700 Maisons-Alfort, tél./fax 01 49 777 333.

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