GAZ DE FUMIER

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Cet article a été publié dans la revue Passerelle Eco n°9 <http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=10>

"Je suis agriculteur bio, j’ai un élevage, une centaine de vaches. On a toujours été en Bio. Elles produisent beaucoup de fumier ! En 1980, après le 2ème choc pétrolier, l’état m’a proposé des subventions pour méthaniser ce fumier : 45% du coût de l’installation...



Alors j’ai lancé le chantier. J’ai construit 5 cuves pour méthaniser le fumier. Chacune est en béton armé, et a un volume de 20 m3. J’ai conçu moi-même un système d’étanchéité intégrale sans un seul joint en caoutchouc. En plus des cuves, il y a le gazomètre : une cloche de métal de 25m3, ouverte en bas, qui flotte dans de l’eau en emprisonnant le gaz produit et qui régule ainsi la pression. J’ai aussi acheté un compresseur pour mettre le gaz sous pression et m’en servir dans mon véhicule, que j’ai fait adapter. Tout cela a coûté 150000F qui devaient être financés à 45% par la subvention.

Puis j’ai voulu rouler avec. Il y avait largement assez de gaz produit. J’aurais même pu faire tourner la voiture avec. Mais l’Etat m’a dit qu’il fallait payer la TIPP : Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers. Comme je ne voulais pas, (normal, j’ai des vaches, pas un puits de pétrole !) ils m’ont retiré la subvention pour l’installation !

Depuis, l’installation fonctionne au ralenti Je me sers juste du gaz pour la cuisinière et pour le chauffage. ça marche très bien.
Une fois par an, ou plus si je veux, je vide toutes les cuves au tracteur, et je vais épandre le fumier vieux d’un an sur les champs. Comme il a méthanisé, il a une teneur bien plus importante en azote et il a augmenté en vertus fertilisantes ! Je remplis les cuves de nouveau fumier. 100m3, soit un dixième de la production du troupeau seulement. Comme je suis en Agriculture Biologique, je ne nourris pas mes animaux à la pénicilline ou aux antibiotiques, et il n’y a pas de fongicides dans la paille. La vie microbienne est donc respectée et il y a une très bonne méthanisation.

En dehors du déchargement chargement, il n’y a pas d’entretien. C’est bien mieux que le système de méthanisation du lisier dans lequel il se forme une croûte qu’il faut casser en permanence. Si le broyeur de croûte tombe en panne, la pression monte, et ça explose ; fatalement ça arrive un jour ou l’autre dans ces installations, alors qu’avec le fumier, pas de problème !

A l’usage, rien de particulier. Le gazomètre fournit du gaz à 18 grammes de pression, comme le gaz de ville. La différence, c’est que c’est un gaz complet, qui comprend l’oxygène nécessaire à sa combustion. Donc faut fermer les trappes d’air pour que ça brûle bien. J’en ai largement assez, j’en jette même, surtout l’été. Si je faisais un roulement entre les cuves et si j’y mettais tout le fumier du troupeau, je pourrais largement faire rouler les véhicules avec.

Changement d’époque

Quand on m’a interdit de rouler au gaz, l’effet de serre n’était pas vraiment connu. Maintenant la réduction des gaz à effet de serre est une priorité. Le gouvernement devrait tout mettre en œuvre pour encourager les installations de biogaz. Or en Janvier 99, un fonctionnaire du Ministère à l’Environnement m’a encore contacté pour me dire qu’il fallait payer la TIPP et qu’il allait venir faire mettre un compteur pour ma cuisinière et ma chaudière ! "Oh mon gars si tu viens, toi, tu t' retrouves dans la cuve !".
Il n’est pas venu."

P.-S.


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