le traitre de gaulle

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Par Henri YRYSSOU, Inspecteur général des Finances (H), Vice-président des anciens députés (H), Directeur du cabinet d’Antoine Pinay dans tous ses ministères et à la Présidence du Conseil.

 

Le 13 décembre 1956, après l’échec de Suez, après avoir fait le tour des hommes politiques, je suis allé voir de Gaulle rue de Solferino. Rendez-vous pris par Guichard, accordé aussitôt. Comme Président des Ouillères du Sud Oranais, au titre de l’Etat, je voulais parler à De Gaulle de l’Algérie, du pétrole, du gaz qui venaient d’y être trouvés et qui donnaient à la France son indépendance énergétique. Parler des populations qui n’attendaient qu’une ferme direction de la Métropole pour les départements d’Algérie, départements français couverts par les traités internationaux. Mes titres de guerre, Légion d’Honneur, Croix de guerre avec palmes, Médaille de la Résistance me valurent un accueil attentif et cordial d’un homme qui ne semblait plus croire à la possibilité d’agir : « J’ai voulu donner une constitution à la France, j’ai échoué. Créer un parti, le RPF. Vous savez mieux que quiconque comment il a éclaté au profit des Indépendants Pinay. On m’avait dit d’aller à l’Etoile pour l’anniversaire de la Victoire, que le peuple de Paris serait là pour m’acclamer. Le peuple de Paris n’était pas là ». 3ème échec. Je fus sidéré de voir qu’il mettait sur le même plan la Constitution, le parti et la foule. Puis, je lui demandai de venir voir sur place, à Colomb Bechar, pourquoi il fallait garder l’Algérie française, dans l’intérêt de l’Algérie et de la Métropole, dans l’intérêt des populations. Il accepta. Et au printemps 1957, il est venu. Je l’ai accueilli devant les troupes, devant les mineurs de Kenadsa. Nous avons fait des discours l’un pour l’autre, et en tête à tête, il m’a dit : « Tout cela, vous avez raison, il faut le garder. Sans cela, la France n’aurait plus son poids dans le monde. Nous le garderons, par la ruse et la ténacité ».

 

J’ai su plus tard par Robert Lacoste, qu’il disait le contraire à Mendès France, à la même époque…. Adenauer lui faisait espérer la Présidence de l’Europe si la France se débarrassait de l’Algérie…

 

En 1958, quand les événements de Mai se produisirent, je ne pouvais imaginer, comme tant d’autres, qu’en tête à tête, devant une réalité si évidente, De Gaulle pouvait mentir aussi cyniquement.

 

Le 22 mai 1958, j’ai emmené Pinay à Colombey, et les socialistes avec Guy Mollet ont suivi 8 jours après. La suite, hélas ! Nous ne la connaissons que trop. J’ai eu souvent l’occasion de m’en entretenir avec Léon Delbecque, Jacques Soustelle, Georges Bidault, et tant d’autres que je retrouvai au Comité de Vincennes comme Député du Tarn, élu aux législatives malgré la campagne des gaullistes contre moi. Dans la presse, dans de nombreuses conférences en des milieux divers –à l’une d’elles assistait au premier rang le Général Salan-, à l’Assemblée nationale, je n’ai cessé de défendre l’Algérie française. J’ai fait voter la motion dite Moatti, mais conçue et rédigée par moi, par une majorité écrasante de députés. Cette motion devait être présentée obligatoirement par un membre de la commission des Lois, or j’appartenais à la commission des Finances. Elle exprimait la volonté absolue de maintenir l’Algérie française.

 

En 1962, toute la force de l’Etat s’est employée sur ordre de l’Elysée, de Messmer, etc. pour me faire battre de quelques voix. Des menaces couraient « Il faut tuer Yrissou politiquement, mais aussi physiquement ». Nous avions soin de placer notre enfant, né en 1957, dans une chambre loin de la porte d’entrée car nous craignions le dépôt d’une bombe. Téléphone écouté, nous en eûmes la preuve, visite des services spéciaux gaullistes, etc...

 

Or tout s’est joué lors de l’affaire algérienne, c'est-à-dire la décadence de la France sur tous les plans, mai 1968 qui a vu l’effondrement de toute une civilisation, l’inversion des valeurs, aujourd’hui le désastre avec l’immigration invasion, le développement du terrorisme mondial avec un Islam redevenu conquérant, le mea culpa permanent d’une France qui a honte de son histoire et d’elle-même dans un comportement suicidaire.

 

Le jugement de l’Histoire sera sévère.

Publié dans HISTOIRE

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